Espaces sportifs de nature en montagne. Innovation spatiale et recomposition des systèmes touristiques locaux (1980-2003

Philippe Bourdeau, Pascal Mao
Article extrait du Cahier Espaces n°81 - Sports de nature. Évolutions de l'offre et de la demande
Editions Espaces tourisme & loisirs
Mai 2004 - 21 pages
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Depuis les années 1990, on assiste au développement de “nouveaux” espaces de pratique de sports de nature, dont les cinq exemples les plus représentatifs sont les stades d’eau vive, les snow parks, les via ferrata, les parcours acrobatiques en forêt (Paf), l’unité touristique de pleine nature (UTPN) et le “domaine” de randonnée (Retrouvance). D’autres concepts potentiellement innovants apparaissent également, comme la tyrolienne géante (Fantasticable), la via cordata, la station de vélo tout terrain, Canyoning Park. Ces “nouveaux” espaces sont de plus en plus fermés et spécialisés sur un type de sport, contrairement à la nature, traditionnellement “polyvalente”. Ils sont aussi de plus en plus souvent payants, “marketés” et “technologisés”.
Dès lors, la nature dont il est question ici s’éloigne largement de la notion de “pleine nature”. Il est frappant de constater que l’un des principaux points communs des espaces ludo-sportifs innovants réside dans leur implantation au sein de périphéries, marges ou espaces interstitiels, c’est-à-dire d’espaces à faible valeur ajoutée territoriale en termes d’usages, de représentations et de significations : forêts interstitielles de fonds de vallées, parois rocheuses peu propices à l’escalade libre, périphéries des stations, zones rurales en déclin agricole… En conséquence, l’animation touristique liée au développement de nouveaux espaces récréatifs se traduit par un rééquilibrage des polarités du tourisme montagnard, du fait de la revalorisation des zones de vallée par rapport aux zones d’altitude.
Le développement très rapide des parcours acrobatiques en forêt et l’émergence du concept de Canyoning Park – pas si éloigné du modèle de parc de loisirs aquatique – consacrent la généralisation discrète, mais tangible, du concept de parc de loisirs dans le champ des sports de montagne et de nature. La notion de pratiquant disparaît au profit de celle de client, consacrant l’affirmation de valeurs de consommation au détriment de valeurs traditionnelles d’autoproduction de l’expérience.
Une rupture physique et idéologique se confirme donc entre, d’une part, une montagne ou une nature encore globalement représentées comme sauvages ou libres – ce qui n’est pas non plus exempt de contradictions… – et, d’autre part, des espaces aménagés et intégrés aux circuits de consommation touristique.


Les ouvrages que vous venez de consulter :
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