Résumé

Extrait du texte de politique scientifique de l’ENSP (Juin 2007)

L’ENSP est un établissement d’enseignement supérieur et de recherche du ministère de l’Agriculture qui délivre des diplômes, dans le domaine de l’architecture du paysage, aux niveaux du master et du doctorat.

Le domaine de formation et de recherche de l’ENSP est celui du projet de paysage. Par " projet de paysage ", on entend le mode ordinaire de production intentionnelle de l’espace des individus et des sociétés (fondé ou non sur des documents dessinés pouvant faire autorité). La notion de " paysage ", tout en recouvrant celles de " jardin " et de " ville ", est généralement comprise au sens de la Convention européenne du paysage (Florence, 20 octobre 2000) comme " une partie de territoire telle que perçue par les populations dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leur interrelation ".

Dans ce contexte, le projet de paysage est établi, dans les sociétés occidentales ou occidentalisées et pour un lieu ou un territoire donné, par des acteurs et opérateurs internes et externes, dans le cadre de politiques publiques nationales ou régionales de paysage. Ces dernières ont explicitement recours aux notions de paysage et de projet de paysage pour conserver, restaurer, inventer ou gérer, de nouvelles règles sociales de production d’espaces matériels dans le cadre, le plus souvent, d’une gouvernance territoriale.

Dans la mesure où elle est concernée par la formation d’architectes paysagistes, professionnels (paysagistes DPLG) qui doivent, avec d’autres partenaires de l’aménagement de l’espace, exercer les fonctions de conseillers des maîtrises publiques et privés d’ouvrage et des maîtres d’œuvre d’aménagements paysagers, l’ENSP s’est fixée un triple objectif de développement scientifique :

- Élaborer de nouvelles connaissances scientifiques sur le projet de paysage, considéré comme un processus spatial et le plus souvent social, de production et d’amélioration des cadres de vie, dans un contexte économique et environnemental à la fois local et mondialisé,
- Produire des résultats de recherches directement utilisables par les acteurs publics, et plus largement par la société : aide à la décision, production de connaissances à l’interface recherche/action. Diffuser les résultats, les méthodes et les savoir-faire auprès des acteurs et des professions en charge de l’aménagement du territoire, notamment en termes d’actions et réalisations jugées exemplaires par les chercheurs.
- Diffuser ces connaissances innovantes dans les formations de l’établissement comme à l’extérieur de celui-ci, notamment via les publications spécialisées nationales et internationales. Indiquer quelles sont les orientations souhaitables des pratiques (prospectives), notamment par rapport aux valeurs du développement dit durable et aux résultats des recherches en cours dans d’autres laboratoires (Programme paysage et développement durable en particulier)

Pour y parvenir, la politique de recherche scientifique de l’école se fixe cinq objectifs prioritaires à atteindre à l’horizon 2012 dans le cadre de son programme actuel " Cultures et pratiques du projet de paysage en Europe ".

- Initier une épistémologie de l’histoire des jardins, des paysages et des villes, c’est-à-dire saisir les conditions d’émergence de connaissances nouvelles et, à l’inverse, les obstacles que cette discipline rencontre. Conforme au rationalisme critique de K. Popper, cette démarche est amorcée par Catherine Chomarat-Ruiz, philosophe et historienne, récemment recrutée à l’ENSP. Il s’agira de mettre au jour les représentations, les attentes, voire les présupposés impliqués dans ce que les historiens, ou ceux qui se réclament de l’histoire, présentent comme des connaissances indubitables. Le corpus concernera, en plus de l’historiographie, des études qui, visant à restaurer des jardins historiques, se fondent involontairement sur une interprétation erronée des archives et donnent lieu à des projets contestables. Ces recherches contribueront à la connaissance de l’histoire des jardins, des paysages et des villes en empruntant des concepts opératoires et des théories explicatives à des disciplines autres.

- Contribuer à l’histoire des pratiques paysagères et des projets urbains, français et européens, pour une période s’étalant de l’entre-deux guerres à nos jours. Ces recherches se développeront sur deux axes complémentaires. À travers de nouvelles monographies de lieux (villes, portions de villes, emplacements dans la ville…), il s’agira, pour l’un, d’identifier des démarches relatives à la création de paysages urbains, qu’elles soient le fruit d’un praticien confirmé ou pas. Distinct d’autres pratiques -l’urbanisme, par exemple- il incombera à ces travaux de cerner ce que des approches paysagères de ce type apportent aux débats relatifs à l’Urbain, à l’élaboration et à la réalisation des villes. L’autre axe de recherche concernera des questions d’ordre méthodologique et, plus précisément, le problème de la description des lieux issus de la réalisation de projet. Ces travaux dépendent principalement de Bernadette Blanchon, historienne de la ville et du projet de paysage, à laquelle Catherine Chomarat-Ruiz s’est associée.

- Développer les travaux concernant la comparaison des politiques publiques de paysage en Europe, et notamment en France. Abordées jusqu’à présent du point de vue de leurs évaluations, celles-ci sont aujourd’hui mises en perspective par rapport à l’éthique du développement durable. Entre autres objectifs, ces recherches devront, d’une part mettre en évidence dans quelles mesures les pratiques de projets de paysage et de leurs commanditaires ont été modifiées par la Convention de Rio-de-Janeiro sur le développement durable de 1992 et la Convention européenne du paysage de 2000, d’autre part identifier et comprendre les enjeux sociaux, culturels, économiques et politiques de ces deux conventions. Elles concernent actuellement, dans le cadre du programme national de recherches Paysage et Développement durable le groupe de recherche en sciences sociales (géographie, sciences politiques, sociologie, histoire des techniques) constitué par M. Toublanc, A. Varcin, H. Davodeau, P. Donadieu, G. Clément, C. Tamisier et R. Girard. Plusieurs thématiques sont abordées (les trames vertes, les indicateurs sociaux de l’évolution des paysages, les pratiques des paysagistes dans la région PACA, les politiques urbaines de paysage " soutenable ", l’agriculture durable).

- Poursuivre les travaux engagés depuis 1993 sur l’agriculture urbaine métropolitaine (ou des grandes villes) dans différents contextes géographiques (Europe, Asie, Afrique), sur différents champs de recherche / action (stratégies des agriculteurs, gouvernance des territoires agriurbains) et dans différents réseaux. Approfondir les démarches opératoires dans des champs nouveaux ou engagés récemment et concernant :

• les jardins et les forêts des régions urbaines ;
• les régions littorales méditerranéennes

Le groupe concerné rassemble A. Fleury, R. Vidal et P. Donadieu et travaille avec de nombreux partenaires tant en recherche académique (Université de Sousse, CIRAD, INRA SAD APT) qu’en recherche action (Terres en Villes, Région Ile-de-France, etc.). Six doctorants sénégalais, tunisiens, algérien et vietnamien (Ba, Ben Attia, Hammami, Houimly, Boudjenouia, To,), travaillent respectivement sur les agricultures des villes de Dakar, Hanoi, Sousse, Grand Tunis et Sétif.

- Approfondir, pour la France et l’Europe, les travaux comparatifs sur la conservation des paysages vernaculaires et, plus particulièrement, celle des éléments architecturaux ruraux ; mieux comprendre et valoriser les projets muséographiques concernant ces derniers. Les travaux portent principalement sur les clos masures en Haute-Normandie (D. Bouillon) qui ont été initiés il y a quatre années. Ils sont réalisés en relation avec le Centre national des arts et métiers de Paris (CNAM).



Accueil LAREP

Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles
10, rue Maréchal Joffre, 78000 Versailles - 01.39.24.62.00